Zut

Envolée, l’assurance et la tranquillité de mon dernier post. Je marche, je souris, je fais tout comme d’hab mais eu fond je hurle, je me tords et je voudrais bien casser des trucs ou tuer quelqu’un.

Ce que j’ai bien compris, grâce à Corinne, c’est qu’on ne gère pas les émotions si facilement. Elles reviennent, remontent du fond de soi et prennent le contrôle. Je réussis à les contrôler, mais pas à 100 %.

Le truc, c’est que je n’ai pas envie de pleurer. Je n’ai pas envie d’être triste, et je n’ai plus la force de me mettre en colère. Tout ce que je veux, c’est flotter. Je suis prête à tout pour flotter, enfin, pas à l’ingestion de substances – même l’alcool j’ai du mal à le digérer maintenant. Je veux flotter moi même, seule, de par moi même. J’en ai envie. Je veux tourner le dos à toute cette équipe de personnes dont les mots, les remarques, les attitudes m’ont fait souffrir pendant des années même si je ne le leur disais pas. Le droit moral de me réjouir de mes amis, de mon boulot, de mon couple, je l’ai. Je me souviens de ma mère m’expliquant que « je me débrouillais toujours pour que les gens m’apprécient » – et les gens m’appréciaient. J’avais et j’ai encore des amis. Pour ma mère, c’était louche. Que je sache me faire apprécier de personnes extérieures à la famille. Alors que je ne savais pas me faire apprécier de ma famille, c’est à dire, dans ses termes à elle : « Alors que nous, nous ne te convenons jamais, quoi que nous fassions, les autres, ah , les autres ! Il suffit que quelqu’un ne soit pas de ta famille pour que tu le trouves formidable! ».

Ce qui n’était pas faux – ne l’est toujours pas. Je ne trouve pas tout le monde formidable, mais avec la meilleure volonté du monde, comment aurais-je pu trovuer ma famille formidable ? Je suppose que c’était ce qu’elle voulait ? Non, je pense qu’elle aurait voulu que je n’ai pas l’air aussi contente de sortir, de quitter la famille.

 

Aujourd’hui, c’est une vieille petite femme maigre et très fatiguée. Sa jalousie et sa pertience sont intactes, mais je me fais fuyante, comme je le disais. Je viens les voir, caparaçonnée de mensonges, d’emplois du temps fabriqués à l’aide de prétextes et ils ne me voient pas en dessous de tout cela.

J’aime leur mentir car je ne leur ai pas menti pendant des années, alors qu’ils me faisaient voir le monde par leurs yeux – croire, par exemple, que vivre sans amis était une force, et que les gens que je voyais se recevoir, dîner les uns chez les autres, organiser des barbecues, des sorties au parc, des piques niques, étaient des connards, des sous doués sociaux qui ne pouvaient pas vivre seuls – alors que NOUS étions forts, NOUS pouvions vivre seuls. Maintenant je les entortille dans MES mensonges, et ça m’amuse.

 

Pourtant, je me demande, depuis quelques jours, si ces mensonges valent le coup. Je mens pour quoi, au fond ? Pour reprendre le contrôle de ma vie. Pour ne pas les laisser dire, ne pas les laisser commenter mes actes, ceux de mon mari, de mes enfants. En retournant contre eux leur logique de solitude et d’isolement, je les prends à leur propre piège. Sauf que je crée presque deux réalités, et, des semaines comme celle ci, je me demande si ça vaut le coup.

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Famille

Je vais chez mes parents environ toutes les deux semaines ; en fait, en me penchant sur la question, je me suis aperçue que lorsque j’y étais allée deux semaines de suite, il me semblait très difficile d’y retourner la semaine suivante, sauf cas de force majeure, occasion particulière. Donc, lorsque j’y suis allée deux semaines de suite, je saute une semaine, puis deux, puis trois aprfois. Mais alors, durant cet intervalle de temps, je culpabilise ; je pense tellement à mes parents que me voilà forcée d’y aller à nouveau – deux semaines de suite.

Mes parents sont jaloux de moi ; c’est dû à des circonstances particulières dans nos vies. Pour faire court, disons que ma mère, jeune fille élevée dans l’aisance, a vu son niveau de vie s’abaisser graduellement mais régulièrement avec les années. Elle affecte d’être totalement indifférente à la chose, car elle a préféré épouser mon père pour ses qualités plutôt que pour ses revenus. De mon côté, j’ai fait des études et je bosse dans la communication – un secteur que je n’aime pas, mais je ne sais faire que ça ou quasi (j’ai fait un passage dans l’enseignement, mais ça ne m’a laissé que des souvenirs abominables et une admiration sans bornes pour ceux qui réussissent à faire quelque chose d’une classe de jeunes ignares).

Ma mère observe donc tous mes signes extérieurs de richesse et pourtant j’en ai peu. Mais pas grand chose lui suffit. Je fais attention à tout ce que je dis, sans quoi on bascule dans des débats insupportables. En fait, j’ai eu une prise de conscience il y a 8 ans, et mon comportement envers ma famille a changé. J’ai pris de la distance (intérieurement) et je ne me confie pas plus à eux qu’à mes collègues.

Je vais donc les voir trois fois par mois, parfois plus, parfois moins, et j’observe quasiment un rituel. C’est mécanique. Ce rituel m’aide. En fait, quand j’essayais d’être vraiment gentille, ou de vraiment dialoguer avec eux, c’était un désastre. Depuis que je n’attends plus rien et que je me comporte d’une certaine façon sans y mettre vraiment de l’affectif, nos rapports sont presque excellents.

Presque, car il n’y a plus vraiment de communication. Mais j’en suis venue à me poser sérieusement la question : est-ce qu’il ne vaut pas mieux ne rien attendre de ses parents et leur rendre visite par devoir, parce que ce sont des parents, que d’espérer leur compréhension, leur écoute, et être toujours décue ? J’étais dans ce cas avant. Mon frère est encore dans ce cas de figure. Il est constamment malheureux et toujours en état de semi brouille avec eux.

C’est même encore plus bizarre que cela. Un jour que je fouillais dans de vieux livres, je suis tombée sur un manuel catholique d’enseignement des années 30 ou 40. On y lisait entre autres (parce que dans un tel ouvrage, chaque mot, chaque idée est un véritable bonheur d’obsolescence à lui tout seul) que l’homme qui fait son devoir a toujours sa conscience pour lui et que tout lui réussit. C’est formulé dans ce style si délicieusement culpabilisateur des manuels cathos. Bref. N’empêche que depuis que je « fais mon devoir » en me déplaçant jusque chez mes parents, sans rien attendre d’eux, je me sens envers eux d’une légèreté incroyable.  Impossible de savoir si j’ai psychologiquement réglé mes comptes avec eux ou si c’est cette histoire de devoir.

Pistorius va contester les conditions de sa liberté sous caution

Même pas un mois après avoir tué sa petite amie, Reeva Steenkamp, Oscar Pistorius conteste sa liberté sous caution.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne manque pas d’air ; certes, on objectera qu’ile st présumé innocent dès lors qu’il n’a pas été jugé coupable. Pourtant, en retenant la thèse de l’effroyable méprise – on dirait le titre d’un roman à sensation tels qu’en lisaient ma grand mère -, il est bel et bien coupable d’homicide involontaire.

Oscar Pistorius a dû rendre son passeport et n’a pas le droit de quitter l’Afrique du Sud jusqu’à son procès ; il n’a même pas le droit de se trovuer dans le hall de départ d’un aéroport international. Il ne peut pas non plus rentrer chez lui.

Mais voilà, avec son argent et son équipe d’avocat, il conteste. Et pourquoi pas. Je suis choquée, mais ai-je raison de l’être ? Il ne fait qu’utiliser un droit qui est le sien.

Hier, je relisais La Parfum de la Dame en Noir, à toute allure, en sautant tous les passages grandiloquents et exprimant toute l’horreur de la situation des différents protagonistes de l’histoire, la tournant et retournant dans tous les sens, cette horreur, pour bien nous en tartiner jusqu’à la nausée. Qu’en était-il dans les procès à l’époque, je ne sais, il faudrait retrouver des affaires de l’époque mais en tout cas l’opinion publique, la société adorait qu’on lui dise et redise et repète à quel point tel fait, tel personnage violait sauvagement et d’horrifique façon les règles et conventions sociales. Naturellement, on préfère toujours que ces dites et ennuyeuses règles soient violées, c’est le principe du polar ou du thriller (si l’imagination de l’écrivain ne nous décrivait pas les turpitudes de l’immonde héros violeur, pédophile, dépeçeur, ou autre, ce serait beaucoup moins bien), mais il convient de bien reposer en cours de route les règles rassurantes de la morale. Gaston Leroux fait cela très bien ; un épais tapis de morale (épuisée par les horreurs de Ballmeyer) recouvre le livre ; on s’en dégage à grand peine.

Les journalistes ne nous répètent pas que Pistorius est un affreux bonhomme qui a tué une jeune femme innocente, le jour, ironie macabre, de la fète commerciale des amoureux, et nous engluent pas de commentaires sirupeux sur l’horreur que doivent éprouver les proches. Pourtant, tout est là, en creux, en quelque sorte ; le non-dit nous hurle voyez cet homme, cet assassin, ce monstre, par le corps aussi bien que par l’esprit. Non, non, pas une ligne d’opinion ne sera rédigée, on n’est plus à l’indignation vertueuse. On pratique la neutralité frénétique, et, pour compenser, le matraquage. Une fausse neutralité.

L’histoire de Pistorius, pour paraphraser le titre d’un roman policier à succès récent, est l’histoire, une histoire habituelle, me semble-t-il, d’hommes qui n’aime pas les femmes. A-t-elle ou n’a-t-elle pas quelques ressemblances, dans sa partie cachée, souterraine, interdite à nous, voyeurs internationaux, avec celle que nous raconte là l’exceptionnel Maître Mô ? Il me semble, à moi, que oui, et je n’en ai aucune preuve ; j’aime à le penser, puisque, me nourrissant moi aussi de ragots mondialisés ou locaux, je ne peux pas me retenir de me pencher sur ces histoires terribles, qui nous montrent la face cachée de nos vies.